Fractal Flowers in vitro

Fractal Flowers in vitro 2010

Fractal Flowers in vitro 2010

Installation de réalité virtuelle générative

Istanbul 2010, Capitale culturelle européenne, Sanat Limani et Bosphorus University, Istanbul, Turquie

Eléments techniques :

1 serre, 4 vidéoprojecteurs, 2 PC

Dimensions : 5 m x 5 m x 4 m

Logiciel : Cyrille Henry

Production technique : Voxels Productions

Dans une architecture de lumière poussent des fleurs étranges. Elles naissent, grandissent, ondulent au gré d’un vent que nous ne sentons pas, se courbent vers nous sans rompre leur fragile tige articulée, et disparaissent dans un espace où notre oeil ne pénètre pas, pour laisser place à d’autres. Leur croissance rapide et hypertrophique les monumentalise. Au pied de cette flore immense, éclatante de couleur, nous nous sentons aussi petit qu’Alice au pays merveilleux. Nous nous prenons alors à rêver… Ne dirait-on pas qu’elles nous regardent et que par leur lent balancement, elles nous invitent à les rejoindre. Comment résister à leur appel ?

Tout en sachant que c’est un leurre, nous sommes tentés de passer de l’autre côté du mur lumineux qui protège leur liberté, pour entrer dans le jardin qui recèle les mystères de cette génération à laquelle nous ne sommes pas étrangers. Car ces fleurs réagissent à nos mouvements. Dans le langage génératif et chromatique qui est le leur, elles dialoguent avec nous. Elles nous répondent. Elles nous questionnent aussi par leur apparition insolite. Elles nous disent qu’elles viennent d’ailleurs, d’un monde possible, différent du nôtre, où la végétation obéit à d’autres règles de croissance. D’un monde où le végétal a échappé aux formes organiques dans lesquelles nous le confinons. Comme si une nature géomètre y avait transformé leur germen en algorithme. Au lieu de l’arrondi des pétales, des arrêtes vives et brisées qui rappellent celles des cristaux. Au lieu de la douceur un peu molle des corolles, un enchevêtrement de prismes inégaux aux couleurs improbables. On les croirait obtenues par les jeux de miroir d’un kaléidoscope, n’était-ce la pauvreté de ce procédé métamorphique qui ne connaît que la symétrie. Ces fleurs, elles, ignorent cette ennuyeuse régularité. Elles ne cessent d’évoluer selon des mouvements aléatoires qui les anamorphosent et les métamorphosent, en complexifiant à chaque étape leur savante géométrie. Le résultat est spectaculaire. Que sont-elles ? Sont-elles des fleurs fossiles, réveillées de leur long sommeil par un poète magicien, ou les fleurs de demain nées du calcul ainsi que de la maîtrise de la matière et des formes par l’esprit ? La parenté formelle de ces architectures florales avec toutes les roches cristalloïdes, interroge la frontière entre les règnes et brouille nos références. Et nous les contemplons, émerveillés par cette anatomie moléculaire qui réunit le végétal et le minéral dans la beauté et la fragilité, et célèbre cette union par une explosion de couleur.
Françoise Gaillard