Les Fractal Flowers ont comme point de départ l’observation du règne végétal, et sa transposition dans l’univers numérique. Le processus de développement des végétaux créés sur ordinateur est régi par un logiciel conçu spécifiquement pour l’artiste. Pour les premières œuvres de ce type (série Autres natures, 2003-2007), Miguel Chevalier et son équipe ont conçu dix-huit « graines virtuelles » qui croissent, s’épanouissent, meurent et renaissent, donnant naissance à une infinie variété de formes. En partie paramétrable, la croissance de ces fleurs numériques repose sur la composante aléatoire du programme. Les Fractal Flowers développent cette particularité : le logiciel qui leur donne vie est lié à des « bibliothèques » de formes, qui s’associent les unes aux autres, au gré du hasard. Le rôle de l’artiste n’est plus ici de créer une « plante numérique », mais bien d’isoler, au départ d’un répertoire infini, les prototypes de plantes virtuelles. Esthétiquement, les Fractal Flowers se distinguent des Autres Natures par leur conquête de la troisième dimension : il en résulte des fleurs a mi-chemin entre l’organique, le mécanique et la robotique, dont l’aspect étrange, voire menaçant est tempéré par le contrôle qu’exerce sur elles le spectateur, via le jeu de l’interactivité.
Comme l’a souligné Lev Manovich, le propre de l’œuvre numérique est de reposer sur un code, interprété différemment selon les logiciels. L’exposition des Fractal Flowers à Imal illustre pleinement ce principe de variabilité : ainsi les mêmes données sont-elles utilisées pour produire des images animées interactives, des images imprimées, ou encore des formes tridimensionnelles, véritables « sculptures numériques » obtenues par stéréolithographie.
Au-delà de leurs qualités esthétiques et ludiques, les Fractal Flowers questionnent le statut de l’œuvre d’art à l’ère du numérique et, sur un mode poétique et métaphorique, les enjeux de la manipulation génétique : nul ne peut prédire ce que produiront ces « fleurs fractales » libres de se croiser et de se reproduire à l’infini… « Ce n’est pas parce que j’utilise l’ordinateur que je suis moderne », déclare Miguel Chevalier. « J’ai toujours préféré utiliser ces outils qui sont les nôtres aujourd’hui parce que je pense qu’ils ouvrent sur des champs nouveaux encore inexplorés dans le monde des arts plastiques avec un très grand potentiel. » Avec les Fractal Flowers, il démontre que son propos est, lui aussi, bien ancré dans notre époque technologique.
Pierre-Yves Desaive
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